Globalement favorable à la réforme des retraites, Philippe Castans, président de la Cipav, une des caisses destinée aux professions libérales, a cependant certaines inquiétudes. Il revient, pour Capital, sur les sujets qui pourraient fâcher.

Les caisses de retraite sont l’un des maillons de la future réforme. A l’occasion d’un colloque sur le futur rôle des caisses dans le cadre de la création d’un régime universel, qu’elle organise ce mardi, la Cipav (Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance vieillesse), qui compte 550.000 actifs (architectes, ingénieur-conseil, géomètre expert, moniteurs de ski…) et 100.000 retraités a mené une enquête auprès de ses adhérents sur la future réforme. Il en ressort que 62 % des répondants estiment qu’ils ne sont pas informés sur la réforme des retraites, 22% sont informés mais n’ont pas compris, 10 % sont informés et sont favorables et 6% sont informés et n’y sont pas favorables. La principale préoccupation des libéraux étant de lutter contre les inégalités liées aux différents statuts. Si, pour le moment, la réforme semble encore peu connue et peu comprise des libéraux, le président de la Cipav, Philippe Castans, alerte d’ores-et-déjà sur certains points qui pourraient poser problème.

Capital : Quel est votre sentiment par rapport à la réforme ?

Philippe Castans : Nous sommes favorables aux grands principes de cette réforme avec l’instauration d’une retraite par points où un euro cotisé ouvre les mêmes droits, quelle que soit votre profession. Pour preuve, nous étions même en avance car nous sommes passés du système par trimestre à celui par points dès 2004. Toutefois, nous avons certains sujets de désaccords que nous avons déjà portés à la connaissance du haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye.

Quels sont-ils ?

Le premier concerne le taux de cotisation. Nous allons veiller à ce que les taux de cotisation choisis n’asphyxient pas les professions libérales. Aujourd’hui, ces dernières cotisent à hauteur d’une fourchette comprise entre 10 et 12% et il ne faut pas que ce taux de cotisation dépasse 16%. Il faut éviter que les professions libérales ne se retrouvent dans la situation où elles doivent s’acquitter de cotisations plus élevées mais sans forcément se créer plus de droits pour leur retraite.

Vous êtes également inquiet pour l’avenir de vos réserves ?

Cette question est notre deuxième point de vigilance. Notre crainte est que les 5,3 milliards d’euros de réserve que nous nous sommes constitués ne soient utilisés pour financer d’autres régimes qui n’ont pas réalisé d’économie. Certes, il y a des réserves, mais il faut aussi prendre en compte les 18 milliards d’engagement que nous avons, soit la somme que nous devrons payer dans les 40 prochaines années au titre de ceux qui se sont constitués des droits à la retraite à la Cipav. C’est pourquoi, nous nous opposons, dans le cadre de la création du régime universel ,au transfert des réserves de la Cipav. Ces réserves ont été constituées grâce aux cotisations des adhérents de la Cipav. Au lieu d’attribuer des droits à retraite plus importants à ses adhérents, la Cipav a, contrairement à d’autres caisses de retraite, fait le choix d’une gestion rigoureuse de son régime de retraite complémentaire avec pour objectif d’assurer son équilibre financier sur les 40 prochaines années.

Quelle est votre position sur l’âge de départ à la retraite ?

Beaucoup de libéraux souhaitent continuer à travailler au-delà de l’âge légal de départ à la retraite pour transmettre leur savoir faire et continuer à se constituer une rémunération. Or, s’ils passent par le cumul emploi retraite, ils cotisent mais ne se génèrent pas de nouveaux droits. Pour encourager les professions libérales à continuer leur activité, nous proposons un système à trois étages. Au moment du départ à la retraite, le professionnel liquiderait ses droits à la retraite de base et à sa complémentaire. Par contre, il ne liquiderait pas à ce moment-là les sommes qu’il aurait acquises grâce à une épargne retraite avec des versements libres. Il cotiserait sur ce support ce qui permettrait de continuer à se générer des droits au titre de l’épargne retraite.

Source – Capital.fr