Cinq caisses de retraite de professions libérales et la caisse du personnel navigant battent le rappel pour infléchir le projet de réforme des retraites du gouvernement. Ils refusent « l’étatisation » du système et proposent d’inclure une assurance dépendance obligatoire dans les régimes.

Un sondage fin 2018, un livre blanc en mars, un scénario de réforme en mai, et un grand débat politique en juin : l’association Pro Action Retraite ne chôme pas depuis sa création en juillet dernier. Au départ, cinq caisses de retraite de professions libérales ont uni leurs forces pour proposer une alternative au projet du gouvernement de réforme des retraites : pharmaciens, notaires, experts-comptables et commissaires aux comptes, vétérinaires, chirurgiens-dentistes et sages-femmes, au total 160.000 actifs et 60.000 retraités. Elles ont été rejointes par la Caisse des personnels navigants de l’aéronautique civile, dont les affiliés sont des salariés et non des libéraux. Tous ont en commun la peur de se voir absorbés par un grand régime unique par point.

Réduire la taille du régime

« Nous ne sommes pas opposés à la réforme présentée par Jean-Paul Delevoye, et à ses objectifs de solidarité, d’équité de lisibilité », assure Béatrice Créneau-Jabaud, présidente de la Caisse des notaires (CPRN) et de l’association. Néanmoins, « nous trouvons que créer un régime unique et uniforme est une idée du passé. Cela reviendrait à étatiser le système de retraite, avec un point revalorisé à Bercy ou à l’Elysée ».

Pro Action Retraite propose donc de réduire considérablement la taille du futur régime universel, afin de conserver des caisses de retraite complémentaire séparées. Les assurés cotiseraient jusqu’à environ 3.300 euros de salaire mensuel, au lieu de 10.000 dans le projet du haut-commissaire à la réforme des retraites. « C’est ce qui se fait dans le reste de l’Europe », argumente le directeur général de la CPRN, Jean-Paul Muller.

Le haut-commissariat envisage de fixer un taux de cotisation unique à 28 % , mais seulement jusqu’à 3.300 euros mensuels. Même cela, l’association n’en veut pas : « Il faut des taux de cotisation adaptés aux spécificités des métiers, et aux difficultés que peuvent rencontrer les jeunes libéraux », plaide Béatrice Créneau-Jabaud. Le rendement devrait rester « responsable », soit « de 4,5 à 5 %, et non les 5-6 % évoqués par Jean-Paul Delevoye », ajoute-t-elle.

Les caisses professionnelles continueraient à gérer des retraites complémentaires obligatoires, par répartition ou capitalisation, avec des cotisations dès le premier euro. Elles conserveraient leurs milliards d’euros de réserves, accumulés grâce à la dynamique démographique des libéraux, et leur autonomie de gestion. Pour faire bonne figure, Pro Action Retraite propose de créer à cet étage du système une assurance-dépendance obligatoire, ce qui n’est pas autorisé aujourd’hui sur la base des cotisations.

Un projet alternatif qui a peu de chances de convaincre les pouvoirs publics, même si l’intégration des libéraux dans le régime universel est problématique .

Source – Les Echos